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2020-12-29
Du courage pour 2021 ?

Du courage pour 2021 ?

Une page vient de se tourner. L’année 2020 est désormais derrière nous, avec son lot de tourments et de complications. Cela ne signifie pas pour autant que le chapitre est clos et que nous pouvons dès lors passer à autre chose. La pandémie n’est toujours pas derrière nous ; on ne peut se libérer de ce lourd et éreintant cauchemar en criant : « Jumanji! » Pas de fin de partie pour l’instant. Néanmoins, cela met fin à une année qui nous aura donné bien du fil à retordre. Nous entamons les premières heures d’une nouvelle année qui, espérons-le, sera plus prometteuse que la précédente à bien des niveaux. L’année 2021 en sera-t-elle une de mobilisation pour le climat, une année de solidarité, une année où l’on pourra respirer librement et voir nos proches ? 2021 comportera certainement son lot d’incertitudes, mais une chose est sûre, nous aurons l’occasion de redéfinir nos attentes et nos exigences en regard de l’État. À la lumière de l’année qui vient de s’écouler, nous devons également faire plus, ensemble, pour freiner les changements climatiques et les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Faisons un petit saut dans le passé. Le 12 décembre 2015, 195 délégations approuvaient l’Accord de Paris ; il s’agissait de la première entente mondiale de lutte contre la crise climatique. Cinq ans plus tard, certains États se montrent favorables à une réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais les actions concrètes se font toujours attendre. Les gouvernements se confortant, pour le moment, dans l’inaction. Fin 2020, dans le cadre d’une discussion organisée par l’ambassade du Canada à Paris, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères en 2015, expliquait qu’« avant l’Accord de Paris, nous étions sur une trajectoire qui pouvait nous conduire vers un réchauffement de 6 ou 7 degrés d’ici la fin du siècle. Aujourd’hui, alors que nous ne sommes pas au bout du processus, nous sommes sur une trajectoire de hausse de 3 à 4 degrés. Maintenant, il faut passer à 2 et 1,5 degré. » Récemment, l’organisation Climate Action Tracker affirmait que le scénario le plus optimiste actuellement serait que les 127 pays qui représentent 63 % des émissions mondiales prennent des engagements qui leur permettent d’atteindre leur cible pour limiter le réchauffement à 2,1 degrés d’ici 2020. Il est fondamental que la relance verte soit au cœur des discours politiques en 2021. Dans un échange virtuel avec la ministre McKenna, Laurent Fabius ajoutait que « contrairement à la Covid-19, il n’y a pas de vaccin contre le réchauffement climatique. Mais il y a un remède, qui est la mise en œuvre intégrale de l’Accord de Paris. » Les scientifiques sont d’ailleurs formels sur la question, il faut impérativement laisser sous terre les énergies fossiles si nous voulons éviter le pire.

Finalement, cinq ans après l’Accord de Paris, le gouvernement du Canada n’a rien proposé de concluant. Pire, il a racheté le pipeline Trans Mountain promettant ainsi une exploitation encore plus conséquente des énergies fossiles. Cela va donc de mal en pis pour le Canada. En voyant de telles actions, il est difficile de garder espoir et de se dire qu’on verra la lumière au bout du tunnel, que l’État prendra les mesures nécessaires pour assurer la sécurité, la santé et la pérennité de ses citoyens. Ce n’est pas tout de protéger les milieux naturels et d’investir dans les transports en commun ! Il faut se sortir des énergies gazières et pétrolières avant qu’il ne soit trop tard. En décembre 2020, le gouvernement Trudeau annonçait un investissement de trois milliards de dollars dans le but de planter deux milliards d’arbres dans les prochaines années. Le tout s’inscrit dans le cadre du plan canadien de lutte contre la crise climatique. Selon Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement, « ces arbres absorberont la pollution, assainiront notre air et notre eau et aideront les collectivités à s’adapter aux répercussions des changements climatiques ». Concrètement, cette campagne de plantation permettra, sur dix ans, de planter deux milliards d’arbres supplémentaires qui couvriront près de 1,1 million d’hectares, soit une superficie deux fois supérieure à l’Île-du-Prince-Édouard. Bien qu’un tel projet axé sur la nature constitue un levier essentiel pour faire face à l’urgence climatique, c’est largement insuffisant.

Franchement, l’annonce d’une telle campagne de plantation d’arbres m’est apparue plutôt choquante… Le gouvernement fédéral fait-il preuve de cohérence en plantant des arbres pour se donner bonne conscience, alors qu’il appuie sur l’accélérateur concernant l’exploitation des énergies fossiles ? L’État tente d’embobiner la population en lui faisant miroiter sa bonne foi en plantant des arbres, en investissant dans la nature, alors qu’il assène un coup de massue sans précédent à la Terre. Voilà une belle illusion ! Envisager véritablement la « carboneutralité » n’a absolument rien à voir avec la compensation des émissions de gaz à effet de serre. C’est d’ailleurs une façon absolument ridicule de contourner le problème, ou plutôt de le nier. L’humain exerce un poids intenable sur la planète. Même si, à l’heure actuelle, il y a un momentum en faveur des engagements pour la « carboneutralité », il faudra présenter des plans plus conséquents qui envoient des messages forts et non pas un plan sans substance comme celui présenté par le gouvernement Trudeau à la fin de l’année 2020. Par la présentation d’une « loi-cadre » sans plan détaillé, l’État démontre une fois de plus son incapacité à s’engager à limiter les bouleversements du climat. Rappelons que le Canada n’a JAMAIS respecté une seule cible climatique au fil des ans. C’est un peu gênant…

L’économiste François Delorme, qui a collaboré aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), s’avoue d’ailleurs surpris de voir un plan sans voir la feuille de route. Ce manque de précision de l’État n’est ni plus ni moins qu’une façon éhontée de gagner du temps, de remettre à plus tard ce qui devrait être fait demain, ou ce qui aurait dû être fait il y a déjà de nombreuses années. Une telle « loi-cadre » s’inscrit ainsi dans la continuité des annonces bien intentionnées du gouvernement qui ne s’accompagnent pas de mesures substantielles et efficaces. M. Delorme émet d’ailleurs des réserves à l’égard des solutions de « compensation » des émissions de GES proposées par le gouvernement Trudeau : « C’est simplement une façon de se déresponsabiliser et de ne pas changer nos comportements. » Il y aurait des mesures nettement plus efficaces comme la taxe carbone et la taxation des véhicules polluants. Pour amener des transformations dans le comportement de la population et des entreprises à l’endroit de l’environnement, il est parfois nécessaire de mettre en place des mesures radicales et coercitives, et de cesser de se fier à la bonne volonté de chacun.

Pour 2021, je nous souhaite donc du courage ! La Covid-19 est certes la bête noire de 2020 et ça risque de se poursuivre en 2021, mais les bouleversements climatiques seront une sacrée « bête noire » dans le futur si nous ne faisons rien maintenant pour freiner la hausse de la température planétaire. Des vaccins pour protéger les régions côtières, les réfugiés climatiques, la faune ou encore, la flore et les milieux marins, cela n’existe pas et n’existera jamais. J’espère qu’en 2021, le courage, la mobilisation, l’engagement et la solidarité seront au rendez-vous ! Bonne année !

Stéphanie St-Pierre

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