Marché local
2018-10-14
Quelle approche doit-on valoriser dans la lutte contre les changements climatiques?

Quelle approche doit-on valoriser dans la lutte contre les changements climatiques?

Depuis plusieurs années, les citoyens, les États gouvernementaux, les environnementalistes et de nombreuses organisations à échelle locale, nationale ou internationale réfléchissent aux différentes problématiques environnementales et tentent de mettre en place des moyens afin de contrer le réchauffement climatique. Au courant des cinq dernières années, j'ai lu bon nombre de documents scientifiques, de rapports et d'articles se rapportant aux changements environnementaux. Des expressions comme « réduire notre empreinte carbone » ou « minimiser nos émissions de GES dans l'atmosphère » font désormais partie de mon vocabulaire à force de réflexions et de discussions en communauté. De mon point de vue, ces mots doivent être implantés dans notre discours, non pas pour incarner une promesse creuse et sans véritable désir de mise à exécution, mais plutôt pour démontrer une prise de conscience réelle qu'un changement de paradigme doit s'opérer dans les plus brefs délais, de part et d'autre de la ville, de part et d'autre de la province, de part et d'autre du pays et, in fine, de la Terre. Je reviens souvent sur les conséquences probables des changements climatiques, car il s'agit d'une problématique réelle, et parce qu'un refus de changer ses habitudes de vie et de consommation met irrévocablement en péril la survie de l'espèce humaine. Je suis foncièrement fatiguée d'entendre des discours amers arguant « qu'il est déjà trop tard », « que nous serons morts lorsque les changements auront un impact dévastateur sur le Québec », etc. Je trouve ce type de discours, non seulement, nombriliste, mais vide de contenu; un tel discours est l'équivalent d'une eau stagnante. Je consacre ainsi ma rubrique de la semaine au plus récent rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui nous permet de comprendre les mesures à prendre si l'on souhaite stabiliser la température de la Terre.

Le 7 octobre dernier, le GIEC a publié un nouveau rapport qui porte sur les impacts d'un réchauffement climatique global limité à 1.5 degré Celsius, soit l'objectif le plus ambitieux qui a été fixé par l'Accord de Paris sur le climat. Ce rapport se présente, en quelque sorte, comme un « résumé aux décideurs »; 126 États étaient présents en Corée du Sud pour l'approbation de sa version finale. Ce dernier établit la marche à suivre pour éviter de dépasser la limite fixée à 1.5 degré. Ce rapport s'appuie sur des milliers d'articles de scientifiques qui ont approfondi la question. Debra Roberts, coprésidente d'un des groupes de travail du GIEC souligne que « les prochaines années sont probablement les plus importantes de notre histoire. » Ce même rapport risque fort d'être au centre des discussions de la Conférence sur le climat (COP24) qui se déroulera en Pologne en décembre. Les experts affirment d'ailleurs qu'il est toujours possible de limiter les bouleversements du climat de la Terre, mais pour ce faire, il faut adopter des mesures d'urgence et non pas procrastiner et remettre constamment à plus tard la création de mesures visant la réduction des émissions de GES. Le rapport du GIEC met notamment l'emphase sur l'importance de réduire les émissions de CO2 de 45% d'ici 2030, par rapport à leur niveau en 2010. Puis, pour 2050, il faudrait atteindre le « zéro net » d'émissions de carbone. Se conformer à de tels objectifs implique des changements rapides qui nécessitent que l'on revoit notre consommation d'énergie, mais aussi notre mode de vie de façon générale. Sur le plan énergétique, de telles mesures se traduiraient par l'utilisation d'énergies renouvelables qui répondraient à au moins 65%-80% de nos besoins. Cela implique également de revoir le fonctionnement du secteur industriel, la planification du développement urbain et l'utilisation du territoire. Bref, pour atteindre l'objectif du 1.5 degré, nous devons réévaluer la gestion de l'État dans sa totalité.

Il est essentiel d'être conscient que le dérèglement du climat engendre la fréquence et la puissance d'événements climatiques extrêmes comme les vagues de chaleur, les précipitations élevées, la montée des eaux, les sécheresses continues, la réduction des pêcheries et de l'aquaculture, la réduction et la disparition des coraux, etc. Pensons notamment aux États insulaires qui encourent de lourdes conséquences en cas de dérèglements climatiques. Cela dit, nous serons tous touchés de différentes manières si nous ne stabilisons pas notre empreinte carbone.

La COP24 sera donc à surveiller en décembre prochain, mais je souhaite tout de même revenir sur la décision prise par les Québécois d'élire un gouvernement caquiste le 1er octobre dernier. Je ne remettrai pas en cause la démocratie, mais j'aimerais tout de même que les citoyens soient conscients que le gouvernement élu s'est montré très conservateur en ce qui a trait à l'environnement et aux mesures qu'il allait mettre en place pour répondre aux objectifs sur le climat. Jusqu'ici, ce gouvernement n'a pas fait preuve de conscience écologique, ses engagements étant peu définis dans sa plateforme. Donnons tout de même sa chance au coureur. Durant la campagne électorale, le Parti québécois, quant à lui, prévoyait que s'il était élu, le premier ministre serait nommé responsable du « développement durable », une façon de montrer l'ampleur de la problématique environnementale. Sans parti pris pour un parti ou un autre, il me plaît de penser qu'une bonne idée (et celle-ci en est une) devrait être prise en considération par les instances dirigeantes. L'État se doit de montrer l'exemple, mais quel exemple donnent les instances gouvernantes lorsque nous les voyons tels les pantins des lobbyistes? Dans un entretien avec l'Agence France-Presse, Pierre Rabhi, pionnier de l'agroécologie et auteur de l'ouvrage La sobriété heureuse, explique qu'« il y a une espèce d'inconscience, nous sommes dans une modernité aveugle, dans le sens où l'on ne voit plus que le gain financier. » Les propos de Pierre Rabhi témoignent d'une grande justesse. Et si on refusait soudainement de jouer le jeu et qu'on se levait pour exiger une prise en main immédiate de l'État pour la lutte contre les changements climatiques?


Stéphanie St-Pierre

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