Marché local
2018-08-25
Poursuivre ou non l'utilisation des néonicotinoïdes dans les grandes cultures, un choix de société qui s'impose.

Poursuivre ou non l'utilisation des néonicotinoïdes dans les grandes cultures, un choix de société qui s'impose.

Dans une rubrique publiée en avril dernier, je m'interrogeais sur les risques potentiels de l'utilisation des néonicotinoïdes sur les abeilles. En effet, de nombreux organismes environnementaux s'opposent fermement à l'utilisation de trois néonicotinoïdes en particulier : la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxane, des analogues synthétiques de la nicotine dotés de propriétés insecticides, qui s'attaquent au système nerveux des insectes. Considérant les risques de dangerosité pour l'environnement, j'en arrivais à la conclusion que la société devrait opter pour un principe de précaution ; si nous sommes conscients des dangers d'un produit pour la biodiversité et la santé humaine, nous devrions nous abstenir de faire usage du produit en question. Ce mois-ci, Santé Canada s'est prononcé pour l'interdiction de deux de ces insecticides (la clothianidine et le thiaméthoxame) dans cinq ans.

En conférence de presse, Scott Kirby, directeur général de l'évaluation environnementale de l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) a expliqué que les concentrations de ces pesticides retrouvées dans les cours d'eau et autres milieux aquatiques peuvent être nocives pour les insectes aquatiques, comme les éphémères et les moucherons qui représentent une source importante de nourriture pour les poissons, les oiseaux et d'autres animaux. Santé Canada valorise ainsi un abandon graduel de ces insecticides sur une période s'échelonnant de trois à cinq ans ; les agriculteurs seront ainsi amenés à cesser leur utilisation sur les cultures destinées à la consommation humaine et animale, mais aussi sur les plantes ornementales, sur le gazon et les semences (souvent enrobées de pesticides). Cette proposition d'interdiction est d'ailleurs soumise à une consultation publique durant 90 jours et la décision sera rendue d'ici décembre 2018. Cette proposition d'interdiction est certes un pas dans la bonne direction, mais je me questionne sur la légitimité d'attendre trois à cinq ans avant de mettre fin à l'utilisation de produits qui ont démontré leur nocivité sur la biodiversité et sur les écosystèmes aquatiques. En Europe, l'interdiction de ces néonicotinoïdes sera appliquée à partir du 1er janvier 2019, faisant du Canada, un pays largement à la traîne dans la prise de décision éthique et écologique.

Alors que pour Nadine Bachand, chargée de projets sur les pesticides et produits toxiques chez Équiterre, il existe des moyens efficaces et abordables pour remplacer les néonicotinoïdes ; les agriculteurs peuvent notamment se tourner vers des options biologiques afin de lutter contre les infestations, Scott Kirby, quant à lui, valorise un délai afin de développer et d'homologuer des produits alternatifs. Soit dit en passant, les néonicotinoïdes sont utilisés de façon systématique dans les champs ; c'est une assurance que les producteurs se donnent pour éviter les infestations. Pourquoi favoriser et tolérer l'utilisation systématique d'insecticides dans le cas où les risques d'infestation sont faibles. Dans le cadre d'un entretien au journal LeDevoir, Éric Lucas, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM, soutient que c'est la méthode en elle-même qui doit être remise en question, car interdire un insecticide pour qu'un autre dont on ne connaît pas les dégâts prenne sa place ne réglera pas le problème. Je partage la perspective de M. Lucas en ce sens que nous devons faire un choix de société cohérent qui valorise la sauvegarde de l'environnement. L'état a le devoir de financer davantage les recherches portant sur des méthodes alternatives aux pesticides dont les méfaits ont été évalués et soupesés par maintes études scientifiques. Depuis 2011, de nombreux chercheurs de différentes disciplines (agronomie, biologie, écotoxicologie, évaluation de risques, etc.) participent au Groupe de travail sur les pesticides systémiques (Task Force on Systemic Pesticides). À ce jour, 1121 études ont été produites permettant d'en arriver aux résultats suivants : l'utilisation extensive des néonicotinoïdes persistants et hydrosolubles génère des impacts chroniques à grande échelle sur la biodiversité mondiale, en plus de comporter des effets négatifs sur les services écosystémiques dont la pollinisation fait partie intégrante. Par ailleurs, dans une lettre ouverte publiée le 31 mai dans la revue Science, 232 scientifiques de partout dans le monde se sont prononcés en défaveur des néonics en réclamant la mise en place immédiate de mesures nationales et internationales visant à restreindre considérablement l'utilisation des néonicotinoïdes et à empêcher l'homologation d'autres produits agrochimiques nocifs.

Il est plus que temps de faire un choix de société qui n'est pas guidé pas des intérêts économiques, mais plutôt par une conscience de la biodiversité et de la santé humaine. C'est, d'une certaine manière, une risée d'apprendre que Santé Canada souhaite interdire des produits toxiques dans un délai de cinq ans, alors que l'Europe met en application cette décision dès l'an prochain. Combien de preuves ou d'études avons-nous encore besoin afin de valoriser le bien commun au détriment des retombées économiques?

*Pour en savoir plus sur les néonicotinoïdes, je vous invite à consulter le dossier d'Équiterre sur la question à l'adresse suivante : https://equiterre.org/publication/document-dinformation-les-neonicotinoides-menacent-la-securite-alimentaire



Stéphanie St-Pierre

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